Le graphiste est il un artiste ?

Je me pose souvent la question à force d’entendre les gens dire à chaque fois qu’ils entrent dans mon bureau dire : « Et là, c’est l’artiste, celui qui dessine… ». Comme au cirque, et là, c’est le clown, celui qui fait rire…
Bon, j’y mets à peine un peu de mauvaise foi, et rassurez vous, je en me prends pas pour un clown. En plus j’aime pas les clowns, c’est pas drôle.
Attendez, on me parle dan l’oreillette… Oui, oui, on dit pas du mal des clowns, ça fait rire les enfants, pas correct, sinon ?… D’accord…
Donc, les clows, c’est super drôle. Surtout les blancs.
On me glisse dans l’oreillette, faut pas dire blanc, on est en campagne électorale, en ce moment.
Drole

Remarquez l'élégance du clown, quand même.

Bon, revenons en au sujet.
Si on part du principe que c’est le public ou le client, ce qui revient au même finalement, qui décide s’il aime ou non tel ou tel projet, il décide si vous êtes un artiste ou pas. Ce n’est pas à vous de le décider. C’est de l’égo pur et complètement vide de sens.

Oui aloooooooooooooors làààààà, pourquoi pas, mais en rester là c’est quand même exclure une bonne partie du problème.

La question de ce billet ne sort pas de nul part. Comme je l’ai dit en introduction, je m’entends souvent qualifier d’artiste… Ca peut être flatteur, je pense pour ceux qui le disent, c’est la reconnaissance d’un certain talent, surement, mais…

Si on veut sortir 2 secondes des questions de vocabulaire (relativement peu fécondes je vous l’accorde), on doit tout de même admettre que cette idée d’une distinction entre artiste et graphiste est liée au fait qu’il y a bien 2 champs distincts reconnus comme tel (les arts plastiques et les arts appliqués, entre lesquels il y a des ponts soit, mais qui sont reconnus comme distincts notamment par le marché ou l’enseignement).

Oui, je vous entends, c’est mon oreillete… Oui, oui, je fais des phrases trop longues je perds le lecteur ? C’est noté, et je m’en félicite.

Au delà, on peut dire, si on veut redevenir un peu pragmatique, que cette distinction peut même être utile.
Quand Boby Cash écrit « ne jamais oublier qu’un graphiste n’est pas un artiste, son but est avant tout commercial », il pointe une position que beaucoup de graphistes partagent.

Moi personnellement, quand je bosse pour un client, je ne me pense pas 30 secondes comme un artiste, et je n’ai pas 30 secondes en tête l’idée que je suis en train de plancher sur une œuvre d’art.

Je réponds à un besoin du client de communiquer, et j’ exclus cette idée (d’être un artiste et de produire une œuvre d’art) ce qui me permet 2 choses :

1 – en tant que plasticien par ailleurs, d’éviter toute frustration : je ne suis pas là pour produire une œuvre, je suis là pour répondre à une demande. Je mets donc mes savoir-faire au service d’un projet qui n’est pas le mien mais celui de mon client (qui n’est de tout façon pas là pour faire œuvre non plus) ce qui limite mon implication personnelle et me permet d’accepter sans soucis les process de correction-validation habituels que tous les graphistes connaissent.

2 – d’être au clair avec la demande de mon client, et par conséquent d’y répondre au mieux. Comme je le disais, mes clients ne sont pas là pour faire œuvre, ils s’en passent. Ils sont là pour communiquer, et c’est pour ça qu’ils viennent me voir. Et, pour répondre au mieux à leur demande, je n’ai pas à répondre à des enjeux d’ordre esthétique ni à me poser des questions sur ma patte et l’évolution de ma pratique. J’ai a cerner leur demande et son contexte et à trouver, pour y répondre, des stratégies aussi intelligente que possible, et les outils et techniques les plus adaptés. C’est, précisément être à l’écoute : à l’écoute des besoins du client, en mettant de côté mes velléités d’auteur.

A noter, enfin, que les produits que je sors dans ce cadre ne sont pas destinés à un public, mais à des utilisateurs. C’est à eux que mon boulot s’adresse, et c’est effectivement, dans bien des cas, eux qui trancheront. Mais par leur pratique plus que par leur jugement, en me disant si ce que j’ai conçu fonctionne plutôt que si ça les a touché. En fréquentant plus assidûment le théâtre pour lequel j’aurais conçu la plaquette, en achetant la revue dont j’aurais dessiné la maquette, en s’orientant au mieux avec les cartes touristiques que j’aurais conçues… etc.

Pour conclure : je sépare bien mes activités professionnelles de mes recherches personnelles et graphiques, pour éviter toute implication « sentimentale » mal placée dans mon travail. Je me permets par contre de contribuer au projet de mon client par mes conseils et mon expérience.

Voila un joli billet avec du contenu bien lourd… Fier de moi, moi.

5 réponses à “Le graphiste est il un artiste ?

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