Réduction des dépenses de l’Etat : Macky bloque les salaires des Dg à 5 millions

Parmi les concernés : Artp – 14 millions, Cosec – 8 millions, Port – 11 millions, Aser 9 millions, etc.

Il y a dans ce pays, des hauts fonctionnaires d’Etat qui perçoivent entre 8 et 15 millions de francs des entreprises qu’ils dirigent.

Dans un pays où le Smig n’atteint pas 75.000 francs (soit 114 euros), le président de la République a la volonté de plafonner tous ces traitements à 5 millions de francs au maximum (soit 7621 euros tout de même).

Il n’y a pas de petit profit quand la crise frappe à votre porte. Ainsi pourrait être interprétée la volonté exprimée par le président de la République de niveler les émoluments de tous les haut fonctionnaires de l’Etat, en particulier des directeurs de certaines so­ciétés publiques et de certaines a­gences, et de les plafonner à 5 mil­lions de francs Cfa mensuels. Des per­sonnes qui ont rencontré le chef de l’Etat il n’y a pas longtemps, affirment que le président de la Ré­pu­blique a plusieurs fois déclaré qu’il a été effaré de découvrir le niveau de traitement de certains de ces hauts cadres (entre 8 et 14 millions par mois).

Par ailleurs, il n’a pas caché qu’il était «scandalisé», pour dire le moins, de découvrir que certains de ces directeurs d’agences ou de sociétés avaient des niveaux de traitement pouvant leur permettre de payer une ou deux fois leur ministre de tutelle. Comment comprendre, par exemple, qu’au moment où le ministre chargé des questions maritimes a un salaire net de 3 millions de francs Cfa environ, que le Directeur général du Port de Dakar, qui prend théoriquement ses ordres de lui, ait un salaire de onze millions de francs par mois ? A ce point-là, il est normal que les gens s’accrochent à leur poste comme à une bouée.

De même, on ne peut comprendre pour quelles prestations le directeur général de l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (Artp) a pu se faire octroyer un traitement de 14 millions de francs Cfa, avantages non compris.

Ces cas ne sont que les plus connus, avec celui du Directeur général du Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec), dont on se rappelle qu’un rapport d’audit de la Cour des comptes révélait qu’il émargeait à 8 millions de francs Cfa, sans compter plusieurs avantages divers. L’un des cas les moins connus est celui des Industries chimiques du Sénégal. Quelque temps avant la campagne pour la Présidentielle, l’ancien Dg Djibril Ngom, qui préparait sa candidature, était venu avouer à la rédaction du Quotidien qu’en son temps, il percevait 20 millions de francs Cfa à ce poste (Soit près de 30 500 euros).

On imagine mal que les choses aient été revues à la baisse, d’autant plus que, depuis lors, un fort marasme économique plombe les affaires du pays, et les Ics doivent savoir reconnaître les sacrifices des directeurs qui se tuent à la tâche pour elles.

A côté de ces différents directeurs de sociétés publiques ou semi-publiques, il y a le cas des directeurs des nombreuses agences montées par le régime du président Wade. Ces derniers non plus ne s’oubliaient pas quand il s’agissait de s’octroyer la juste rétribution de leur labeur.

Tout le monde a encore à l’esprit le salaire de Mme Aminata Niane à son arrivée à la direction de l’Apix, et comment les Sénégalais avaient été surpris d’apprendre que, dans ce pays où des ouvriers perçoivent encore moins de 35.000 francs (soit 53.35 euros) pour certains, une seule personne pouvait toucher 7 millions de francs par mois. Mais comme Mme Niane a fait douze ans à la tête de l’Apix, on peut aussi imaginer que son salaire n’est pas resté gelé au niveau de 2000… Et le pire est qu’elle n’est pas la seule dans ce cas. L’une des directrices de l’Asepex avait été fâchée en son temps, de voir qu’elle n’était payée «que» 3 millions de Cfa, alors que d’autres de ses collègues alignaient deux chiffres avant 6 zéros. Au-delà du caractère pour le moins exorbitant de ces traitements, le Président Macky Sall cherche aussi, en ces temps de restrictions budgétaires, à éviter de se laisser entraîner dans une spirale ascendante, avec des fonctionnaires qui viendront toujours faire de la surenchère sur leur paie. Il veut donc montrer que personne ne sera épargné quand il va s’agir de contribuer à l’effort national et que ce sont d’abord les mieux payés qui devront faire les plus gros efforts.

Et puis, malgré le marasme économique, un Directeur général de société ou d’agence peut encore vivre décemment avec 5 millions, non ?

6 réponses à “Réduction des dépenses de l’Etat : Macky bloque les salaires des Dg à 5 millions

  1. Ben, je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il y a des abus, des gens qui perçoivent des rémunérations injustifiées par leurs compétences et leur rapport réel à l’organisme auquel ils sont attachés.

    Pour autant, la vocation d’un président de la république ou d’un ministre n’est pas d’être mieux payé que les directeurs d’administration, ils occupent des fonctions qui ne sont pas des métiers. C’est un honneur qui leur ai fait de pouvoir servir leur pays au plus haut niveau; les batailles d’ego sur les rémunérations n’ont pas lieu d’être. Dans bon nombre sinon la plupart des pays, hors Afrique (encore nous), les membres des gouvernement touchent nettement moins que les grands patrons et hauts cadres. Leur traitement est un dédommagement, pas un salaire.

    L’autre élément à prendre à compte est qu’à force de sous-payer les gens, certains ne rentrent pas dans leur pas d’origine, d’autres rentrent puis s’en vont dépités , notamment parce que leurs responsables, collaborateurs et subordonnés volent à qui mieux mieux, à moins qu’ils ne basculent eux-mêmes.

    Encore une fois, je suis d’accord pour que des règles et des limites soient posées mais aussi et surtout que des contrôles soient mis en place et qu’ils entraînent de véritables sanctions, positives ou négatives, mais, il ne s’agit pas de décourager les personnes compétentes et ambitieuses pour leur pays d’origine ou d’adoption.
    En 2012, l’argent compte.

    • Je suis entièrement d’accord avec toi, pour ce qui concerne les salaires des ministres.
      Mais sachant comment ça se passe ici, je parle du Sénégal que je connais bien je pense, la rémunération n’est pas justifiée par le travail fourni, ou les résultats. Par ailleurs, il ne suffit pas d’être le cousin de la bonne personne pour justifier ce salaire.
      Après que les gens gagnent ce qu’ils veulent, je m’en fous, moi même je suis pas mal payé, mais je justifie par une valeur ajoutée à mon poste.
      Je n’ai donc rien contre l’argent.
      Ce qui me sidère, c’est que pour te donner un exemple concret, mon beauf gagne 50 000 F CFA, soit un peu moins de100 euros par mois, pour 12 à 14 heure de travail par jour, et ce 6 jours sur 7.
      Ajoute à cela qu’il paie ses soins de sa poche, son transport la nourriture matin midi et soir, sur son lieu de travail… Et qu’il n’a qu’à se taire, sinon un autre prend sa place.

      Quand on voit de telles différences de traitement, on ne peut que réagir. ou pas ?

      • Nous sommes d’accord. Je viens moi aussi d’un pays où une minorité non contente de percevoir, détourne également des sommes folles alors que parallèlement des gens compétents et sérieux sont malmenés notamment au niveau des salaires de merde qu’on leur paie pour abattre un boulot monstre, sur fond de clientélisme, cousinage et mysticisme.

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